Que demande-t-on à des chaussures de tango ?Avant tout, d’être confortables.
Cela n’a rien à voir avec l’esthétique. “Confortable” ne veut pas dire moche. Cela n'empêche pas les talons les plus fins, les matières les plus douces et les plus brillantes, les dessins les plus élégants.

On a l'habitude, en matière de chaussures, les plus fines sont instables, tiennent mal aux pieds, font mal quelque part.
Avec les chaussures de tango, ce n’est pas le cas. Toutes doivent tenir parfaitement aux pieds, et le font. La finesse du talon ne pose pas de problème, car en dansant, il repose à peine sur le sol.
Elles ne doivent pas faire mal aux pieds ni créer d’ampoules, alors qu’une soirée de milonga dure souvent plusieurs heures ; et nombreuses sont les marques qui parviennent à créer des modèles très fins sans blesser.
La semelle soit être très souple, se plier facilement.
Mais surtout, surtout : elles doivent faire rêver. Et séduire. Leur propriétaire avant tout. Mais… soyons honnête : pas seulement elle (ou lui).
Cromo ou Suela ?Cette distinction technique concerne la semelle.
- Pas de panique : les deux permettent de danser, de toute façon.
- Une semelle de cuir glisse lorqu’on l’achète, mais la frotter doucement avec une éponge à récurer ou même sur un sol en ciment, suffit pour la rayer et la rendre confortable.
- Une semelle de Cromo (une languette de cuir retourné collé sous la semelle) permet de danser sur un sol plus glissant sans en être gênée.
Quelle que soit la semelle :
Lorsqu’on glisse, humidifier un peu la semelle permet de régler le problème, temporairement.
Lorsque le sol est trop rêche, un peu de talc sous les semelles permet de retrouver une bonne liberté de mouvement et de ne pas traumatiser ses genoux.
Pas besoin d’en avoir sur soi : les organisateurs de milongas connaissent leur sol et se chargent d’y jeter un peu de talc quand c’est nécessaire.
Où acheter ses chaussures de tango à Buenos Aires ?
Les adresses !Les petites rues autour de l’Abasto (métro : Carlos Gardel), notamment
Anchorena, comptent plusieurs boutiques de chaussures de tango, dans des styles originaux, à des prix raisonnables.
Suipacha est une rue du centre-ville (Microcentro), qui croise Diagonal Norte, tout près de l’obélisque. Dans la “cuadra” qui suit ce carrefour (les numéros 200 à 300), se trouvent plusieurs boutiques, trois ou quatre.
Ma préférée se trouve
Diagonal Norte 936, tout près de l'obélisque.
Alanis propose un choix de chaussures de tango pour femme, plus glamour les unes que les autres, avec peu de noir et un grand choix de couleurs, de textures...
Un de ses points forts : on y trouve toutes les hauteurs de talon, de 5cm à 10cm.
Autre point fort : la personnalité chaleureuse de sa propriétaire, qui fait du choix et de l'achat un vrai plaisir ! Et elle parle français. Les prix varient selon les modèles, mais en mars 2012, une paire coûte aux environs de 540 pesos (en liquide).
Tout près, Darcos Tango (Suipacha 259). Darcos possède une autre boutique à Belgrano (intersection entre Cabildo et Sucre). C’est le seul endroit que je connaisse pour acheter des chaussures de tango dans la partie nord de Buenos Aires.
Je continue d'apprécier Neotango : Sarmiento 1938. Jamais une paire de chez eux ne m’a fait mal aux pieds, pas même la première nuit… Ce qui me gêne un peu, c'est que les prix ont tendance à changer selon la nationalité de la personne qui demande.
Tango Leike se trouve juste en face (Sarmiento 1947). Ils ont un joli modèle de chaussures noires très simples, fines, dont les lanières sont interchangeables : un jour noires, un jour argentées, un jour rose vif… je crois que pour l’instant, ils sont les seuls à fabriquer des chaussures de tango dont la couleur change selon l’humeur du jour…
Enfin, ce que les touristes américains considèrent comme le “must” des chaussures de tango : Comme il faut.
L’adresse est Arenales 1239, porte 3, appartement M. La “boutique” ne possède pas de vitrine, elle est installée au premier étage d’un très joli immeuble ancien, dans un passage donnant sur un cour : une entrée très confidentielle.
Dans une jolie pièce où abondent tapis et moulures, quelques modèles sont exposés, mais très peu : tous sont en stock, cachés dans la pièce d’à-côté. Une vendeuse vous apporte les modèles à essayer, selon ce que vous lui demandez et ce qu’elle pense pouvoir vous plaire.
Un drame pour moi, car je n’ai aucune idée de ce que je cherche, je sais juste que je vais “les” reconnaître au premier coup d’oeil… “celles” qui dès le premier regard s’accordent parfaitement à mon style (ou au prochain), à mes vêtements, à mon cavalier (réel ou convoité). A ce que je veux suggérer et ce que je veux affirmer.
Aucune vendeuse ne peut deviner tout cela – et je serais incapable de lui dire “quel genre de modèle je cherche”.
La salle est jolie, les vendeuses d’une patience angélique. Seulement il m’est plus facile de voir une cinquantaine de modèles et arrêter mon regard sur l’un d’eux, que de dire quarante-neuf fois “non merci” à l’adorable vendeuse qui me les apporte un par un.
Côté esthétique, rien à dire, les chaussures sont superbes. Mais je ne peux pas me permettre 9 cm de talons, je trouve même cela inconfortable (c’est curieux, car 8 cm ne me posent aucun problème). Or, Comme il faut est spécialisé dans le talon aiguille haute altitude.
Et ce dialogue me choque :
(Essayant)
- Je ne vais pas pouvoir danser, avec ça.
- Ce n’est pas grave, vous pouvez les porter pour une première à l’opéra.
Il se passe des choses plus choquantes dans le monde. Mais dans un endroit qui a la réputation de vendre les plus belles chaussures de tango, je trouve cela bizarre que ce ne soit pas grave, si elles ne me permettent pas de danser.
Je les ai quand même achetées. Elles étaient trop belles. Un petit objet de luxe et de rêve.

Je les ai portées une fois, à la Viruta. Magnifiques. Elles m’ont fait mal aux pieds toute la soirée (à la fois les orteils, et l’arche du pied), jusqu’à ce que je les relègue à leur délicat étui de satin et revienne à une paire qui me permette de danser
et sourire à la fois.
Cependant, on croise quelques professionnels dans la boutique de
Comme il faut, et pour toutes celles qui peuvent porter 9 cm de talons et y sont habituées, ma propre réticence n’importe guère. C’est à essayer…
Cette liste est loin d'être exhaustive. Lors du Festival annuel de tango, un hall d’exposition offre un grand choix de chaussures de tango , de marques pas forcément bien représentées d’habitude. Les revues gratuites données dans les magasins indiqués ici regorgent aussi de publicités et d’adresses , pour découvrir d’autres marques et d’autres lieux.
Quel budget faut-il compter ?Le prix des chaussures de tango augmente régulièrement. Au moment de mon passage chez
Comme il faut, une paire chez eux coûtait quasiment 400 pesos, alors qu’elles étaient à 300 chez
Neotango.
Désormais (mars 2012), il faut compter environ 540 pesos du côté de l'Obélisque, 570 pesos chez Neotango. Dans les deux cas, si l'on a le bon goût de payer en liquide... sinon, ajouter environ 50 pesos.
Les prix varient selon les modèles : un talon acrylique coûte plus cher qu’un talon simplement recouvert de cuir, les matières brillantes et scintillantes sont plus chères aussi. Dans l’ensemble, à l’intérieur d’une même boutique, le prix des chaussures de tango varie selon les matières employées.
Il y a souvent une réduction lorsqu’on paie en liquide, environ 10%. Pas besoin de négocier : il suffit de demander quel est le prix, puis “et en payant en liquide” ? (“y en efectivo ?”). Certaines maisons à Buenos Aires pratiquent un prix plus bas dans ce cas, d’autres non.
Pour adapter un modèle à vos désirs, il est souvent possible de faire faire une paire spécialement. Par exemple, “exactement celui-ci mais avec ceci en rouge plutôt qu’en doré”. Ou avec un talon plus bas. Tango Leike le fait, Neotango non. Dans ce cas, compter environ trois semaines d’attente et un léger supplément, de l’ordre de 30 ou 40 pesos.
Alanis, en revanche, peut raccourcir un talon d'un cm, de façon invisible, sans délai d'attente.