HISTOIRE DU TANGO

Les origines du tango :
1870 – 1900

L’ histoire du tango débute dans la deuxième partie du XIXème siècle.

Les premiers tangos connus de façon certaine datent d’au moins trente ans plus tard, et nous sont accessibles grâce aux partitions déposées par leurs compositeurs à la société des auteurs.

Cependant, le tango a connu à l'origine une longue période de gestation, que j’essaie de retracer ici.

Vous trouverez en bas de cette page une bibliographie reprenant l’ensemble des auteurs cités dans cette histoire du tango.

Buenos Aires Argentina Bandoneon



Une origine africaine


Les origines du mot tango sont incertaines, mais un certain consensus s’est formé autour d’une origine africaine.

Andrés Carretero (dans “Tango, la otra historia”) signale qu’en kimbudu, langue africaine, m’tango désigne un espace fermé, un cercle, un espace clôturé.

Plus tard, pour les marchands portugais, le mot désigne indifféremment :

  • l’espace où sont enfermés les noirs avant leur embarquement comme esclaves

  • le marché où ils sont vendus en terre américaine

  • leurs tambours, au son desquels ils dansent

  • ainsi que la danse elle-même

Peu à peu, le terme de “ tango ” devient habituel pour désigner les musiques et les danses des noirs. Ceux-ci utilisent musique et danse pour recréer un lien social, rompu par les évènements traumatiques de la déportation et de l’envoi en esclavage. Se reforment ainsi des communautés, autour de chants et de danses qui leur permettent de communiquer.

Avant 1870, existaient à Buenos Aires différents types de musiques :

  • Celle des anciens esclaves, à base de percussions

  • La “payada” – une forme traditionnelle de chanson accompagnée d’une guitarre, et des joutes à base de petits dialogues rimés

  • La musique des peuples originaires du pays

  • Et la musique européenne importée par les colons

La musique noire est probablement celle qui évolue le plus, formant un nouveau rythme, le candombe ; ainsi que la guajirra, la habanera, le fandango, le tango andalou, tango flamenco… et un nouveau rythme, au noms divers : tango congo, tango noir, tango argentin… L' histoire du tango débute avec la rencontre de ces différents rythmes.


L’apport des “gauchos” et des “payadores”


Dans le même temps, les payadores, chanteurs itinérants de l’immense campagne argentine, ont été attirés par la ville (ou repoussés des campagnes par le clôturage des champs).

Musiciens jouant d’oreille, inventifs, ils créent leurs propres rythmes, reproduisant et entichissant ceux qu’ils écoutent. Ainsi naît la milonga. Celles-ci est aux origines du tango, car en évoluant elle deviendra tango.

La milonga, de rythme rapide et très marqué, apparaît plus ou moins simultanément dans la musique noire et dans celle des payadores, qui sont en contact fréquent une fois que les payadores se sont établis en ville.

Elle représente le tout début de l’ histoire du tango, mais n’a pas disparu : elle est encore fréquemment jouée et dansée aujourd’hui.

Les Noirs de Buenos Aires auraient donc apporté leurs tambours, et leurs réunions pour danser ; la tradition argentine, la guitarre et la flûte (instruments adaptés à des musiciens itinérants, voyageant à cheval).

Peu à peu, le mot “ tango ” désigne une nouvelle forme musicale, en même temps que la danse qui l’accompagne. L' histoire du tango tel que nous le connaissons se précise.

Les “bailes de negros” (les bals des Noirs) sont parmi les fêtes mythiques de Buenos Aires, et apparaissent dans les paroles de nombreuses milongas. Cette expression fait référence à de joyeuses réunions, terminant souvent en bagarres si l’on en croit les paroles des milongas, moments de jeu et de défoulement pour une population d’anciens esclaves, d’immigrants pauvres et d’ex-travailleurs agricoles.

Le passage d’une agriculture où prédominait l’élevage, à la culture des céréales, amène en ville une importante main d’oeuvre agraire désormais au chômage : les gauchos, travailleurs nomades vivant à cheval, d’une ferme à l’autre, au gré des emplois précaires.

En ville, ils se joignent aux bals des Noirs pour danser, ce qui permet aux premiers de briller par leurs talents choréographiques, leur souplesse, leur virtuosité ; les meilleurs danseurs retiennent l’attention de tous et sont admirés.

Séduits, les blancs entrèrent dans la compétition. Une fois qu’ils atteignirent un niveau acceptable, ils purent à leur tour innover, enrichissant la danse. Peu à peu ils parvinrent à s’intégrer aux pistes de danse, et se développèrent alors une choréographie et une musique uniques, partagées.

Entre 1870 et 1890, cette musique et cette danse à leurs débuts s’appelaient déjà tango, mais on ne sait pas à quel point elles ressemblaient déjà aux premiers tangos enregistrés, ni si aujourd’hui elles seraient reconnaissables comme tels.

On sait cependant que ce tango des origines se dansait en couples séparés : chaque couple évoluait indépendamment des autres (à la différence de nombreuses danses folkloriques).

Musique et danse se sont donc développées en même temps, de façon indissociable. L' histoire du tango est à la fois celle d'une musique et celle d'une danse, les deux influant l'une sur l'autre.


De nouveaux instruments se joignent aux tambours


Une fois que les nouveaux arrivants furent un peu intégrés dans les bals, la guitarre commença à jouer un rôle dans la musique. Sa mélodie modifie quelque peu une musique essentiellement de percussions, et permet d’enrichir la choréographie. Le rythme original (2x4) se maintient, mais la musique se ralentit un peu.

Un élément facilite l’incorporation des danseurs blancs, très inexperts, aux pistes de danse : les femmes noires voient le nombre de leurs danseurs se réduire, les hommes noirs disparaissant de façon très importante dans les diverses guerres, où ils sont envoyés en première ligne.

Une fois que les Noirs acceptent la guitarre, et un ralentissement de la danse, apparaîtront ensuite la flûte et le violon dans ce tango des origines. Ces deux instruments sont familiers aux Noirs, certains ayant enseigné la musique dans les familles riches de Buenos Aires.

Ce trio : guitarre, flûte et violon, devient habituel, du moins quand il est possible de réunir les trois. Il prennent peu à peu la place des tambours, qui disparaissent progressivement.

Le candombe ( à base de percussions) disparaît peu à peu au fur et à mesure que les trois autres instruments remplacent les tambours.

Lorsqu’il manque des instruments, ou que les musiciens ont envie de changer, apparaissent des passages d’autres formes musicales. Le tango gardera cette caractéristique de ses débuts, de posséder certains passages appartenant à d’autres rythmes.

A partir de 1895, apparaissent les premiers enregistrements, de sorte que l’on sait un peu plus de quoi on parle pour évoquer ces premiers tangos. Toute l' histoire du tango antérieure, est reconstituée; forcément avec une certaine dose de suppositions…

L' histoire du tango a longuement rapporté son origine dans les maisons closes de la banlieue de Buenos Aires. Musique d’anciens esclaves et de travailleurs agricoles nouvellement installés en ville, mêlés à la main d’oeuvre pauvre qui débarque d’Europe, le tango n’est guère respectable, et les paroles sont écrites en argot par les poètes du lieu, souvent anciens prisonniers et clients desdits lieux.

Avec cette origine et ce type de paroles, les tangos de la fin de XIX siècles sont composés, joués et dansés dans les bordels et les cabarets, pas dans les salons respectables. Les paroles sont beaucoup trop légères pour des oreilles délicates (ou les mêmes oreilles, en fait, sont plus délicates dans leur propre salon – la clientèle incluant nombre de riches citoyens de San Telmo et du centre).


Apparition du Bandonéon


Existaient déjà l’accordéon et la concertina. Un fabricant d’instruments à soufflet, Heinrich Band (1805-1888 selon certaines sources, 1821-1860 selon d’autres) en inventa un autre, qui garda son nom. Celui-ci jouera un rôle fondamental dans l' histoire du tango, encore à ses débuts, et son évolution.

On pense que le bandonéon fut inventé pour remplacer l’orgue dans les cérémonies religieuses à l’air libre. A l’ origine, il aurait été plus petit, permettant au musicien de jouer debout.

Le bandonéon diffère de l’accordéon notamment parce qu’il présente des boutons, comme la concertina (l’accordéon possède des touches comme un piano), et chaque bouton fait une note différente selon qu’on est en train d’ouvrir ou de fermer le soufflet.

Les boutons ne sont pas disposés pour faciliter le passage d’une note à l’autre, mais pour faciliter le jeu d’accords. Cela peut le rendre déroutant pour un musicien novice, et assez naturel pour un musicien expérimenté.

Cependant, son succès fut très limité. C’est vers 1860 qu’il commença à être apprécié et que sa fabrication se développa.

Non pour des raisons religieuses : une fois que les immigrants allemands l’apportent avec eux à Buenos Aires, le bandonéon est employé pour jouer valses et polkas. Ceux qui apprennent à jouer du nouvel instrument sont les accordéonistes, qui jouaient avant tout ce type de musique.

Andrés Carretero signale que c’est Sebastián Ramos Mejía, conducteur de tramway à cheval, qui aura l’initiative de jouer des tangos au bandonéon. Cela le rend célèbre dans les terminaux de sa ligne… et dans les cafés proches.

Les premiers ensembles de tango se composaient en général autour d’un violon et d’une flûte (parfois une clarinette), plus un instrument à cordes : guitarre, harpe ou mandoline, selon les disponibilités… La concertina, l’accordéon et l’harmonica sont ausi employés, moins fréquemment.

Une fois que le bandonéon fut intégré à ces ensembles, la flûte devint de plus en plus rare. L’effet du bandonéon fut fondamental dans l' histoire du tango des origines, car il contribua à ralentir le rythme, jusque-là très rapide.


Bibliographie : Histoire du Tango


  • Andrés Carretero : El Tango, la otra historia (Ediciones Margus)


  • Carlos Minna : Tango, la mezcla milagrosa (1917-1956) , lauréat du prix Essai de La Nación en 2006-2007. (Ediciones La Nación Sudamericana)


  • Oscar Fernández : Buenos Aires, Tango, Historia de un amor compartido (Ediciones La Llave)


  • Quelques chapitres du livre des historiens Mario Rapoport et María Seoane Buenos Aires, Historia de una ciudad, tomo 1 (Editorial Planeta)


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